Jeuxvideo-world

[Test] The Last Guardian

15 Décembre 2016 , Rédigé par jeuxvideo-world Publié dans #Tests PS4

Cela fait 9 ans que l'on attend ce monstre vidéoludique. Après une première apparition renversante, le titre alternait une communication rassurante et désastreuse, passant d'un projet à l'abandon à une reprise pleine d'espoir. On parle évidemment de The Last Guardian, celui que tous les joueurs attendaient sur PlayStation 3 pour que celui-ci débarque finalement sur PlayStation 4 en fin d'année 2016. Après l'incroyable Ico et le sublime Shadow of the Colossus, on attend toujours autant ce troisième jeu de Fumito Ueda, même si son développement chaotique laisse apparaître logiquement quelques craintes sur le résultat final. Un chef d'oeuvre à la hauteur des précédentes productions ?

Alors, elle est là cette claque graphique ? Artistique, oui, mais certainement pas technique. Sauf que la qualité de la direction artistique et le travail sur l'univers permettent de masquer ce problème de finition et cette dimension technique à mi-chemin entre un jeu PlayStation 3 et PlayStation 4. Pour que l'on puisse accepter autant de soucis techniques, c'est que la patte artistique est monstrueuse, j'insiste sérieusement sur l'immense travail réaliser sur l'univers et les protagonistes de cette troisième production de la Team Ico. Fascinant, voilà en un mot le résumé d'un monde étrange, parfois froid, parfois presque amusant mais sans jamais réellement comprendre ce qui nous entoure. Pas de doute c'est bel et bien un jeu de la famille Ico et Shadow of the Colossus. Que dire de l'architecture si ce n'est qu'elle est fascinante, mystérieuse et qu'elle intègre parfaitement la patte du studio. Un environnement ouvert, démesuré et surtout plus vertical que par le passé afin de mettre en avant certaines capacités des personnages de cette aventure. On sera ainsi amené à découvrir des ruines d'un charme fou mais aussi des salles et couloirs qui promettent quelques instants de réflexions et d'émotions.

Dans le style, on pourra y voir un petit côté cel-shading qui donne une petite touche savoureuse au travail visuel à l'image de ces petites particules que l'on peut observer dans l'air, renforçant le côté magique de l'aventure. Et que dire du charac-design de l'enfant que l'on incarne ainsi que de Trico, cette étrange créature, émotion garantie dès le premier contact et jusqu'à la fin de l'aventure. Forcément derrière le côté artistique se cache la partie technique nettement moins grandiose, et ça peut s'expliquer par un développement un peu particulier. La liste est longue et pourtant, on retient d'abord les qualités visuelles plutôt que ses soucis qui ne manqueront pas d'être corrigés au fil des semaines par l'intermédiaire de patchs. On note ainsi un level-design parfois maladroit mais également une mise en scène un peu trop répétitive. Certaines textures sont limites à l'image de la modélisation, des animations ou de la fluidité du jeu. Dès que le jeu s'accélère, on arrive à subir quelques chutes de framerate et une petite dose d'aliasing. La distance d'affichage n'est pas non plus exceptionnelle malgré la qualité de certains panoramas qui ne manqueront au joueur de marquer un petit temps d'arrêt pour observer les alentours. On fait donc face à un résultat visuel en demi-teinte.

On passe maintenant à un tour d'horizon du gameplay offerte par cette expérience originale, rafraîchissante mais également un peu frustrante, on s'explique. A l'image de la réalisation, le gameplay dispose de deux visages, l'un étant ravissant l'autre nettement moins séduisant. La force du jeu réside dans la relation entre l'enfant et Trico, cette créature aux inspirations diverses avec un aspect oiseau vis-à-vis de sa tête, ses pattes mais surtout ses plumes. On pourra y voir également un petit félin par rapport à sa longue queue, ses griffes et son corps à l'horizontale. Néanmoins ce n'est qu'une question d'appréciation car il est bien délicat de définir précisément la nature de cette espèce, ce qui est certain, c'est qu'il s'agit d'une bête sauvage que l'enfant va petit à petit devoir apprivoiser pour former un duo merveilleux et très complémentaire. En effet, ce duo improbable va nous offrir une relation grandissante et merveilleuse à l'écran où la méfiance des premières minutes va basculer vers une amitié extrêmement forte. Le coup de génie des développeurs, c'est de parvenir à conserver un charme à ce duo tout en obtenant des opposés intelligent au sein de l'aventure avec ses nombreuses énigmes et puzzles, difficile de faire un duo plus complémentaire.

L'un est grand et fort, l'autre est petit et malin, chacun possède un rôle clé tout au long de l'aventure, aucun des deux ne pourra avance en solo, un équilibre génial. Comme pour les précédentes productions, le jeu se résume à une succession d'énigmes, d'une salle à une autre avec quelques couloirs pour faire le lien. Il faudra dans un premier temps faire preuve d'une bonne observation afin de comprendre la marche à suivre pour poursuivre son chemin. Ainsi, on sera amené à actionner des mécanismes ou encore à faire face à quelques combats qui permettent de varier les plaisirs sans être l'attraction première de notre périple. Mais voilà que cette relation et même cette aventure, laissent place à de nombreuses frustrations. Tout d'abord, on pourra noter un manque de précision lors de certaines phases, en particulier lors des sauts. On constate également pas mal de bugs de collisions dont certains se montrent bien plus problématiques que d'autres, le moteur physique accuse ainsi quelques petits soucis. Autre détail particulièrement pénible même si ça pouvait être pire, c'est la caméra. Elle est bien trop souvent en difficulté, obligeant le joueur a prendre en main ses déplacements pour ne pas subir de mauvais placements.

Alors ce défaut est susceptible d'être bien plus horrible dans certains jeux, notamment dès qu'il est question de vitesse ou de précision. Heureusement ici c'est calme, sans la moindre pression ce qui permet de laisser le temps au joueur de produire les actions et les commandes désirées, néanmoins on aurait apprécié un tout autre comportement de la caméra. On pourrait également évoquer le level-design qui parfois indiquent de fausses pistes. Pourtant, avant le coup, ça paraît tellement évident, tellement gros qu'on se dit que la solution se trouve face à nous.... sauf que ce n'est pas du tout le cas. On pouvait éviter ce genre de situation, non seulement par un meilleur soin du level-design, à moins que l'on soit face à une volonté de piéger visuellement le joueur. On regrette surtout l'IA de Trico, et on se pose cette question : le résultat incarne-t-il un souhait des développeurs ou un réel problème technique ? Parce que clairement, le temps de réaction et d'une manière générale le comportement de Trico va faire naître des crises auprès de certains joueurs.

Il est pourtant attentif ce petit monstre mais qu'il est lent à produire une action, surtout lorsqu'il incarne la solution de l'énigme. En restant immobile très longtemps, n se dit qu'il va falloir produire une action, mettre en place un mécanisme pour continuer notre route... Sauf qu'il suffisait de temporiser quelques longues minutes avant qu'il se décide à se placer d'une manière précise pour poursuivre sur le bon chemin. Après il arrive parfois que le script ne se déclenche pas, mais cela reste très rare et surtout il s'agit là d'un bug susceptible d'avoir un correctif par la suite. Par contre, on n'a constaté aucun problème lors des phases de combat, sympathique mais sans être l'intérêt majeur du jeu, un simple moyen de varier les plaisirs. Vous l'aurez compris, cette sensation aléatoire dans le comportement de Trico risque de laisser perplexe plus d'un joueur, malgré toutes les autres qualités du jeu.

Difficile pour une telle expérience de jeu d'aboutir à une durée de vie précise, elle dépend de plusieurs facteurs. Votre rythme de jeu est évidemment le facteur qui va influencer la différence du temps de jeu d'un joueur à un autre. On aura également la vitesse d'exécution des énigmes, en sachant que celles-ci sont plutôt classiques et d'une difficulté assez maigre dans l'ensemble à l'exception de quelques rares passages plus complexes. Si l'intelligence artificielle de Trico était au top en matière de réactivité, le jeu serait sûrement encore plus simple et moins frustrant pour le jeu, mais pour le moment ce n'est pas le cas (et c'est d'ailleurs possible que ce point n'évolue pas au fil des prochains mois). En tout cas la difficulté n'est pas spécialement élevée, un bon sens de l'observation et un peu de patience face à Trico devraient suffire à pouvoir enchaîner les salles et les pièges de l'aventure.

La rencontre d'ennemis ne sera également qu'une formalité dans la résolution du problème. Certains joueurs estimeront que le contenu est un peu maigre et que la rejouabilité est faible, néanmoins l'aventure se montre suffisamment longue, même pour les plus rapides. Alors effectivement il est possible de finir le jeu en moins de 5 heures (il s'agit d'ailleurs d'un trophée/succès) mais cela semble impossible lors d'une première partie, il faudra au moins deux parties et une préparation minutieuse pour parvenir à un tel score. En tout cas si vous cherchez à obtenir tous les trophées/succès du jeu, vous pouvez envisager une expérience de jeu supérieur à 40 heures sans le moindre problème.

On termine en évoquant la bande-son et brièvement le scénario. Enfin on va plutôt évoquer le sujet narratif car si vous connaissez les précédentes productions de la Team Ico, vous devez savoir que la narration est en réalité quasiment inexistante, c'est ce qui renforce d'ailleurs cette ambiance si particulière, l'univers du jeu et l'émotion dégagée par les protagonistes. Attention cela ne signifie pas que la narration est absente, bien au contraire, elle simplement mesurée de belle manière pour conserver une part de mystère pour petit à petit lever le voile sur la majeure partie des questions. Même après la fin, le jeu incarne la petite catégorie de ces expériences vidéoludiques où l'interprétation du joueur possède une belle place en plus d'une conclusion convaincante, c'est l'une des particularités des oeuvres de la Team Ico.

Le constat est similaire au niveau de l'ambiance sonore dont la BO est composée par Takeshi Furukawa. On y retrouve de belles mélodies, douces et qui s'associent parfaitement avec l'univers et le rythme du jeu. Ces compositions musicales se montrent légères par leur présence, à l'image de la narration. On fera ainsi régulièrement face à un silence envoûtant, inquiétant ou peut-être frustrant pour certains joueurs, il s'agit là d'une question de sensibilité très personnelle. Ces instants très calmes offrent un lot de bruitages qui fonctionnent parfaitement, mais toujours avec justesse, que ce soit pour Trico, l'enfant ou l'environnement.

The Last Guardian est rafraîchissant, resplendissant tout en offrant une pointe de déception et d'agacement. Un sentiment que l'on pourra avoir sur quasiment tous les secteurs du jeu à l'exception de la bande-son et du scénario qui frôle la perfection. La réalisation du jeu nous balance un travail artistique incroyable mais un travail technique en difficulté à la sortie du jeu et pour un jeu disponible sur PlayStation 4. Mais la partie la plus frustrante se trouve du côté du gameplay où mes bonnes idées, les moments marquants sont masqués par des soucis techniques très pénalisants au fil de l'aventure. Avec quelques bugs et des scripts qui mettent un temps fou à se déclencher, la patience des joueurs sera mise à rude épreuve. Malgré quelques défauts, il est bien difficile de ne pas conseiller cette expérience hors du commun offrant de la fraîcheur et de la poésie à côté des autres jeux bien plus classique.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Graphismes : 16/20
Gameplay : 13/20
Durée de vie : 15/20
Bande-son : 18/20
Scénario : 17/20

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Note globale : 16/20

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Partager cet article

Commenter cet article