Jeuxvideo-world

[Test] Shenmue 3

16 Décembre 2019 , Rédigé par jeuxvideo-world Publié dans #Tests PS4

Oui Shenmue 3 est enfin disponible. Annoncé lors de la conférence de Sony lors de l'E3 2015, la suite des aventures de Ryo Hazuki a provoqué une véritable excitation pour cette licence mythique. L'attente était longue, 18 ans pour connaître la suite, autant dire que l'attente est logiquement importante des fans mais aussi des curieux qui seraient passés à côté de la licence. D'ailleurs pour faire patienter les joueurs, on avait pu découvrir une compilation de Shenmue I & II avec le traitement remaster pour masquer un minimum l'âge des deux jeux.

Il aura donc fallu attendre 4 ans pour que cette annonce se concrétise après une campagne kickstarter à succès, un développement compliqué ou encore quelques inquiétudes sur les récentes annonces et présentations. Si la suite est bien là, nul doute que la forme risque de refroidir les joueurs modernes, cette suite semble s'inscrire dans une époque lointaine qui implique une fibre nostalgique et un amour aveugle de la série. Un vrai délice ou une frustrante déception ?

Dès qu'on se lance dans le jeu, on va vite comprendre que c'est un jeu qui va diviser, qui s'adresse uniquement aux fans de la licence et qui possède un résultat visuel en demi-teinte. On doit l'avouer, la direction artistique de cette suite possède un certain charme, un goût de poésie pour être précis. Un style clairement propre à la licence qui renforce son identité et apporte beaucoup à l'aventure et aux décors. Le jeu comporte 2 zones : le village de Bailu et la cité de Niaowu. C'est un peu léger même si la qualité est là surtout pour la cité portuaire. C'est très coloré, calme, paisible avec de jolis effets lumineux, un joli soleil et une ambiance aussi bonne de jour comme de nuit. Néanmoins une petite préférence se dégage pour les séquences nocturnes où le travail de la lumière est encore plus brillant. Malheureusement si l'environnement et la conception des zones dégagent une certaine douceur, l'immersion dans la culture chinoise n'est pas aussi profonde que l'on pouvait l'espérer.

La faute à deux zones beaucoup trop vides notamment sur le plan humain. Si cela peut se justifier pour un village, même si c'est vraiment vide, pour la cité portuaire, difficile de trouver une explication... On a donc déjà regret car si l'ambiance n'est pas mauvaise, elle pouvait être nettement meilleure en soignant les animations des deux zones. Cela ne suffit pas de mettre des séries de boutiques et mini-jeux pour rendre une zone ouverte vivante. D'ailleurs ce manque d'inspiration dans la mise en scène se retrouve à tous les niveaux. Les différents dialogues et séquences scénaristiques manquent cruellement de punchs et de modernités. Si certaines phases de jeu valent le détour avec quelques bonnes idées, l'ensemble souffre cruellement pour espérer captiver le joueur sur le long terme lors du déroulement de l'histoire. Si vous vous attendiez à un effet cinéma à travers la trame principale, c'est raté.

On apprécie par contre la présence d'une traduction française intégrale pour la partie texte, un confort de jeu en plus d'être un atout pour attirer le plus large public possible, l'absence de traduction est rédhibitoire chez certains joueurs. Il est temps maintenant de faire le point sur la partie technique, et là contrairement à la dimension artistique du jeu, ça fait franchement mal. Est-ce réellement une surprise ? Non loin de là. Dès l'annonce de ce projet, on se doutait bien que l'orientation du jeu serait plutôt vers le passé sur le plan technique et sur les mécaniques de jeu. Mais pour ceux qui avaient un doute, mieux vaut donc insister, cette production n'est clairement pas en phase avec la dimension technique moyenne attendue pour un jeu de 2019. La liste est longue, les temps de chargements sont très nombreux, les personnages apparaissent au dernier moment devant nous, les textures sont moches ou encore les animations sont rigides, que ce soit notre héros ou les différents personnages du jeu.

Que dire également de cette interface, des menus ou encore de l'expression des visages inexistante de l'ensemble des protagonistes du jeu. Sans la moindre expression et animation, il est possible d'en sortir une quelconque émotion rendant difficile l'immersion du joueur et le rythme de la mise en scène, cette dernière est d'une très grande pauvreté. On vous laisse découvrir le résultat de l'interface car sa lourdeur est difficilement explicable si ce n'est que la moindre action qui pourrait se réaliser rapidement et facilement devient vite lourde et longue dans cette aventure, l'ergonomie est à revoir... Le jeu va traîner cette lourdeur sur de nombreux aspects dont le contrôle de notre personnage, Ryo Hazuki. Une prise en main délicate pour des sensations étranges et vraiment propres à la licence. Là encore à l'image des menus, chaque action du personnage implique systématiquement des combinaisons de touches qui rendent l'expérience de jeu lourde.

Cette maladresse dans les commandes est l'une des raisons de cette fracture systématique du rythme du jeu. Notre personnage est donc mou et peu réactif, le moindre élément du décor qui rentre en contact avec Ryo est synonyme d'un arrêt brutal du personnage avant de pouvoir le reprendre et enchaîner par un autre mouvement. Lorsqu'on voit la réaction de notre héros, on a peur pour les combats, on y reviendra un peu après. Avant de parler de l'action et de la petite partie technique, il faut vraiment avoir conscience du rythme du jeu et des délires de son créateur par rapport au déroulement de l'aventure. Le jeu veut absolument que le joueur effectue des tâches régulières et répétitives. Un moyen de grossir la durée de vie ? Pas vraiment car cette approche constitue son identité et se retrouvait déjà à l'époque des deux premiers opus. 
Si cela peut éventuellement lui apporter un brin de charme, en 2019 cette approche constitue plus un point négatif qu'un réel atout. Chaque jour, il faudra donc mener l'enquête en parcourant les lieux, en observant la zone et en discutant auprès des différents PNJ.

La prise en main du jeu est très délicate mais dans ce cas précis ça permet d'obtenir un point fort et original par rapport aux autres productions. Il n'y a pas autant d'assistances que dans les autres jeux du même genre. Vous êtes livré à vous-même, il faut donc se balader et discuter avec un maximum de personnes. Chaque information importante est notée dans le carnet de Ryo afin de se rappeler mais surtout de déclencher l'objectif principal sur la journée en question. Oui, Shenmue adopte un rythme quotidien qui peut fortement déplaire. Notre héros effectue des journées allant de 7 heures du matin jusqu'à 21 heures. Un créneau qui doit être absolument productif pour les objectifs principaux mais aussi les activités annexes (pêche, entraînement, jeux de hasard) pour de l'argent essentiellement.... Si la collecte d'informations est importante, il faudra aussi soigner ses relations avec la population, un concept intéressant et pertinent compte tenu du rythme et de la répétition de l'aventure.

Au fil des jours, vous pourrez découvrir une petite amélioration sur le comportement des habitants. Une mécanique amusante mais vite rattrapée par une répétitivité dans les dialogues possibles pour chaque personnage. On constate régulièrement les mêmes dialogues entre deux objectifs de la trame principale, une des limites de la relation entre notre héros et chaque habitant. Néanmoins on en revient vite à savourer cette liberté dans l'exploration, à l'image de l'absence d'une carte de la région. Il faut passer par le dialogue pour trouver son chemin ou lire les informations présentes dans le décor, on en revient donc toujours au même constat : dialogue et observation. Ce rythme lent casse tout de même l'avancée de la trame principale et c'est incontestablement l'un des défauts majeurs du jeu. En réalité, et ça démontre la complexité de cette licence, le rythme du jeu est presque autant sa force que sa faiblesse, cela va vraiment dépendre de vos attentes. En tout cas, vous êtes prévenus, la progression est très lente et répétitive (autant dans les tâches que les déplacements qui ne sont qu'une série d'allers-retours).

On pourrait citer la structure des missions comme ennemi de la narration. A l'image des actions dans le jeu ou encore de la gestion des menus, chaque mission est divisée en plusieurs petites activités qui rendent l'ensemble lourd, long et rarement saisissant. Le seul aspect plutôt rassurant, c'est la possibilité d'accélérer la journée si besoin selon la longueur de l'objectif en cours. Ce n'est pas obligatoire mais cette fonction existe. Les journées passent et influencent l'état de notre héros. Shemnue peut se montrer lourd mais aussi difficile avec une pointe de simulation. Cet aspect se situe au niveau de la santé de Ryo qui diminue au fil du temps. Sa santé est représentée par des noyaux verts. La moindre action réalisée consomme de l'énergie, mieux vaut donc penser à manger régulièrement ou carrément dormir. Un système plutôt réaliste qui contribue à l'identité de la licence et nécessite donc une gestion rigoureuse de l'aventure.

De toute façon si au départ, vous venez à oublier de gérer cette barre de vie, vous allez vite découvrir la lourdeur supplémentaire dès que celle-ci est vide. Concernant l'endurance, vous devrez passer par la case mini-jeux. Amusant les premières heures, ceux-ci sont forcément répétitifs sur le long terme. Votre personnage possède un niveau général de Kung-Fu, celui-ci dépend de votre puissance d'attaque ainsi que de votre endurance. Cette dernière possède donc un réel intérêt et implique un travail régulier. C'est encore un exemple supplémentaire que le jeu joue sur le concept de tâches régulières et nombreuses pour progresser petit à petit. Sauf que cette progression exige de l'argent, beaucoup d'argent même. Vous obtenez là un sérieux problème qui va frustrer plus d'un joueur tout au long de l'aventure. Le moindre élément paraît très cher. Vous voulez manger, dormir ou encore progresser, vous devrez payer encore et encore, une véritable simulation de vie. Il va falloir cumuler une quantité astronomique de Yuans pour faire avancer l'histoire.

Cette quête de la fortune est séduisante au départ, mais très rapidement le plaisir de jeu devient une tâche obligatoire et sans saveur, à moins vraiment de se planifier des journées précises et tenter d'apporter un minimum de variété dans notre aventure. Les frustrations seront nombreuses à l'image des gains des différentes activités, à moins de se tourner vers les jeux de hasard, mais la chance ne frappe pas toujours à votre porte. Attendez-vous donc clairement à passer plusieurs journées dans l'unique but de récupérer de l'argent. On doit aussi aborder le système de combat de ce nouvel opus. En effet ce nouvel épisode est l'occasion d'une petite refonte afin d'obtenir un résultat misant sur le réalisme, du moins sur le papier. On l'a dit, c'est le Kung-Fu qui est de la partie et normalement les combats devraient être nerveux... Mais là encore ce n'est pas le cas et on sera vite déçu de découvrir que les affrontements manquent terriblement de punchs. On ne ressent à aucun moment les coups portés à l'ennemi, le moteur physique nous offrant un résultat bien trop mou et approximatif. 

Dommage car les idées sont intéressantes et la profondeur suffisante pour un tel jeu. Sous la forme d'une arène fermée, chaque combat nécessite des connaissances pour mettre en oeuvre des techniques mais aussi de l'entraînement pour améliorer ses statistiques et notamment son fameux niveau de Kung-Fu. Pour débloquer de nouvelles techniques, il faudra acheter des manuscrits dans les boutiques et s'entraîner au dojo. Le jeu laisse le choix de sortir une technique en appuyant seulement sur une touche ou au contraire sortir la série de touche de la technique en question, à vous de définir votre exigence sur les combats. Si le jeu comporte toujours la présence de QTE, ce n'est pas choquant pour la série, on s'agace rapidement face au système de lock proposé. Dommage car contrairement à certaines activités qui deviennent vite répétitives, les combats restent sympathiques à enchaîner que ce soit dans les dojos ou arènes.

Mais pour vraiment prendre du plaisir, il faut de l'entraînement pour avoir des stats honnêtes, il faut de l'argent pour avoir un minimum de techniques et il faut de la santé car sans une jauge bien pleine, vous commencez un combat avec un sérieux handicap. C'est rigide, frustrant et pas passionnant visuellement mais manette en main, il s'en dégage un sentiment d'un potentiel mal exploité. Au niveau de la durée de vie, on pourrait faire très court et dire que ça dépend uniquement de vous. Certains s'arrêteront en plein milieu sans finir face à une telle désillusion que ce soit sur le déroulement scénaristique ou le rythme du jeu. D'autres apprécieront cette expérience de jeu radicalement différente des productions actuelles, dans ce cas, on va dire que la fin se présente entre 30-35 heures en se concentrant uniquement sur l'avancée de l'histoire et en effectuant le minimum requis au niveau des activités secondaires.

Ce n'est pas mal du tout pour ce style de jeu, en sachant que vous pouvez parfaitement gonfler ce temps de jeu et sa rejouabilité en cherchant à obtenir les trophées/succès proposés. Sur notre version PlayStation 4, on constate la présence de 37 trophées dont un trophée platine. On ne va pas faire la liste des trophées mais, vous allez vite comprendre qu'une majorité se porte sur des tâches sur la longueur : collecter toutes les herbes, pêcher 1000 poissons, couper 1000 bûches. On devra également gagner plus de 500.000 jetons, acheter plus de 1000 objets dans une boutique, récupérer tous les manuscrits de technique, toutes les collections de capsules à jouet ou encore obtenir le meilleur score dans tous les mini-jeux. Si ce défi vous séduit, la durée de vie va sérieusement augmenter, mais il faudra du courage, de la patience et un minimum de passion pour cette aventure.

Du côté de la bande-son, on retrouve avec joie la poésie de sa dimension artistique en plus d'une logique touche nostalgique. Les deux qualités associées offrent une ambiance sonore très agréable, les compositions musicales s'intègrent parfaitement à l'univers du jeu. Si les bruitages ne sont pas spécialement accrocheurs, et que le doublage français est absent (c'était sûrement le meilleur choix pour cette occasion) le doublage japonais est lui très convaincant. Dommage par contre que le doublage anglais n'apporte pas la même impression, celui-ci est franchement moyen pour l'intégralité du casting. Mais heureusement, ce que l'on retient est vraiment ce plaisir sonore à travers les différents thèmes, une belle réussite.

Enfin on termine avec le scénario. Après la fin du second opus et ces longues années d'attente, on est là dès le départ à être très attentif et excité de pouvoir enfin connaître la suite. On retrouve le style d'écriture propre à la série, une nouvelle plutôt rassurante dès les premières minutes. Mais en dehors du rythme particulier de l'aventure, on regrette surtout une histoire qui peine à convaincre dans sa mise en scène et dans le contenu. Peut-être trop d'attente sur cette suite ? Possible en tout cas, on aura tendance à conclure que ce récit est trop pauvre en explication et en rebondissement, la fin du deuxième volet nous laissait pourtant penser le contraire... Ceci dit, il s'agit bien d'une suite directe et le plaisir est tout de même si l'on avait accroché aux deux premiers opus.

D'ailleurs, même si le jeu nous sort un bref résumé de la fin du deuxième volet lors d'une cinématique, cela n'a pas du tout le même charme de commencer la série par cet épisode. Cela permet aussi de donner de la valeur à la récente compilation des deux premiers épisodes pour ceux qui seraient tentés de découvrir ce troisième épisode. On ne va dévoiler aucun élément de l'histoire, pas même un nom ou un événement mais si vous espériez une conclusion avec cet épisode, il est possible qu'un petit goût de déception soit de la partie bien que l'histoire reste intéressante à suivre. Malgré quelques défauts et choix discutables, cette histoire suffit à séduire les amoureux de la licence.

Shenmue 3 est un jeu très spécial. Elle ne cesse de donner l'impression d'être réservée uniquement aux fans de la série. Une suite qui semble débarquer du passé, au début des années 2000. Le marché a évolué, certains codes ont changé mais Shenmue campe sur ses positions, forcément l'impression qu'il dégage sera radicale d'un joueur à un autre. On note des efforts et des acquis mais aussi de nombreuses maladresses et idées étranges. Un rythme pénible, une progression lente, une technique dépassée, un gameplay lourd mais intéressant, oui cette aventure est exigeante. Il faudra faire de nombreux efforts tout en profitant du joli travail artistique, du soin de la bande-son ou encore d'un récit quand même accrocheur sur certaines séquences. Méfiance donc avant de se jeter sur cette aventure, à l'ancienne, très orientée pour les fans.

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Graphismes : 13/20
Gameplay : 14/20
Durée de vie : 15/20
Bande-son : 16/20
Scénario : 14/20

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Note globale : 14/20

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article