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[Critique] Kosmos

16 Novembre 2021 , Rédigé par jeuxvideo-world Publié dans #Coin Lecture (News et Critique)

Si le manga connaît une grande forme en France ces dernières années, la bande dessinée parvient elle aussi à séduire une bonne partie des lecteurs et lectrices. De nombreux éditeurs possèdent un catalogue riche et varié pour viser un public large. A l'image des comics, il existe des séries en nombreux tomes mais aussi des récits complets en un seul tome. On va justement s'intéresser à une BD proposée en un tome unique : Kosmos. Un récit de conquête spatiale que l'on peut donc découvrir depuis le 20 octobre dernier dans le catalogue de l'éditeur Delcourt.

Une bande dessinée française avec Patrice Perna au scénario et Fabien Bedouel aux dessins (rôle à la fois d'illustrateur et de coloriste). Un mélange d'aventure et de science-fiction disponible (EAN : 9782413040415) dans un joli format (dimensions : 22.8 x 29.8 x 2.2 cm) qui totalise 210 pages pour un prix de 27,95€. Le genre d'ouvrage qui provoque un coup de coeur ?

Dès que notre regard se pose sur la couverture, il se passe ce petit quelque chose qui suffit à attirer la curiosité pour vouloir découvrir ce qui se trouve à l'intérieur de l'ouvrage. Oui, c'est bien ce genre de bande dessinée qui ne laisse pas indifférent par des choix forts sur le plan artistique et par une thématique captivante. Ce type d'oeuvre que l'on pourrait qualifier d'inclassable divise forcément les lecteurs de par ses choix forts mais on ne peut nier qu'il dégage une fraîcheur qui donne envie d'en savoir plus. Le format proposé est vraiment idéal pour apprécier de la meilleure façon les différentes cases de l'histoire. Cette couverture est vraiment belle, sobre où l'on peut apercevoir la tête d'une astronaute, casque ouvert, qui observe le ciel. Si certains titres usent d'un maximum les couleurs de l'arc-en-ciel, ce n'est pas le cas ici.

La couverture est sur un fond noir, l'astronaute fait l'objet d'une représentation dans un blanc quasi-totale tandis que le titre du livre est entièrement en rouge. La face arrière adopte la même approche, un fond noir, une illustration qui représente une fusée dans une couleur blanche et enfin quelques lignes pour situer le thème de l'ouvrage. On peut ainsi lire : Lors de la course à la Lune, la plupart des missions soviétiques se soldèrent par des échecs ou des morts. Elles furent évidemment passées sous silence. Leur nom de code : KOSMOS. Depuis la chute du mur de Berlin et la Glasnost lancée par Gorbatchev, un grand nombre d'informations ont été déclassifiées. On en sait désormais plus ce qui s'est réellement passé le 21 juillet 1969 lorsque Armstrong posa le pied sur la Lune, et ce qu'il y découvrit...

Un résumé efficace qui ne correspond pas vraiment au synopsis communiqué pour la sortie du livre, on aura l'occasion d'y revenir plus tard. On revient sur la bande dessinée en précisant son contenu, dès la première page et jusqu'à la fin, il n'y a que le récit. Il ne faut pas s'attendre à un sommaire, une page d'introduction, une page de présentation des artistes ou encore des pages bonus en lien avec le thème de l'ouvrage. Avant d'aborder un peu plus en détail le scénario, tout en vous laissant le plaisir de la découverte, on va rappeler quelques points en lien avec ce récit. Tout d'abord nous sommes face à une uchronie, cela signifie que c'est une histoire fictive à partir d'un point de départ historique, une réécriture de l'histoire d'un événement passé.

Dans le milieu du comics par exemple, on pourrait appeler ce principe un "What if" pour désigner une histoire alternative à l'histoire officielle. Autres points importants sur quelques termes employés. Un astronaute désigne un membre de l'équipage d'un véhicule spatial. Le terme cosmonaute désigne lui un membre de l'équipage de véhicules spatiaux russes. En effet si astronaute est le terme le plus utilisé, les autres termes tendant à évoquer une nation. Concernant le titre, il s'agit d'un mot grec qui signifie "Univers". Le terme Cosmos est quant à lui utilisé pour évoquer les satellites lancés par la Russie depuis 1962 puis par la suite par d'autres pays.

On en termine avec ces petites précisions pour se pencher cette fois-ci sur l'histoire en commençant par évoquer le synopsis : Le 20 juillet 1969, le monde entier, figé devant sa télévision, est sidéré par l'exploit : les Américains ont aluni ! Et avant les Soviétiques ! Malgré une frayeur technique, tout s'est bien passé. Pourtant, au moment de repartir, Armstrong se retourne une dernière fois pour observer le paysage et reste figé : dans la visière de son casque, se reflète un drapeau soviétique et un LEM russe... Le synopsis est donc suffisamment clair pour comprendre l'histoire fictive offerte par l'auteur, et s'il y avait une différence entre ce qui s'est réellement passé sur la lune et le résultat communiqué au monde entier.

Un scénario intéressant qui joue donc la fameuse carte du doute sur cet exploit en affichant les intérêts de cette conquête spatiale d'une époque où la guerre froide fait rage. L'auteur ne cherche pas à prendre une vraie position ou à reprendre les hypothèses de personnes qui prétendent que cet exploit n'a pas eu lieu et qu'il s'agit d'une mise en scène en studio. L'histoire racontée est bien plus intéressante, on y trouve tout de même ce petit goût de secrets et cette notion de différence entre la réalité du terrain et la communication réalisée par la NASA. D'ailleurs la construction de l'histoire est tellement bien faite qu'elle pourrait la liste des fake news autour de cet exploit spatial.

Une création intéressante qui n'est pas non plus trop développée, et surtout pas trop bavarde. Il suffit de découvrir les premières pages pour comprendre que l'ouvrage est d'abord contemplatif même si un travail d'écriture est présent. Il n'est pas rare d'enchaîner des cases (et même des pages !) sans texte, cela contribue à son charme et lui donne ce style si particulier et immersif. Le but n'est pas d'établir une théorie mais plutôt de proposer une aventure mystérieuse de cette mission sur la lune où rien n'est simple et de rappeler que ce duel entre les Etats-Unis et l'URSS se déroule aussi dans l'espace.

Il faut être un minimum sensible à cette ambiance spatiale, à l'histoire de la mission Apollo, et faire preuve à la fois de curiosité et de tolérance car on le répète, c'est une bande dessinée très spéciale où l'on contemple bien plus qu'on ne passe son temps à lire. Ce rythme particulier permet de donner ce style si froid et lent au récit, pour le thème de l'espace, ça colle à merveille. Son côté minimaliste pourra par contre frustrer une partie des lecteurs malgré la présence d'une histoire. Le récit possède en effet un côté documentaire mais il comporte tout de même une écriture qui met en scène une équipe de cosmonautes sous forme d'une mission. L'autre point qui peut éventuellement perturber certains lecteurs, c'est le choix de l'auteur de ne pas prendre un chemin dans son écriture. Il décide de faire un mélange de plusieurs approches, celle d'un travail historique, d'une écriture fictive, d'un aspect documentaire...

L'écriture se montre variée avec une part de psychologie, de l'humour et diverses émotions pour un ton générale qui convient parfaitement à ce décor galactique. En tout cas on trouve cette histoire agréable à suivre, simple et fluide. Pour accompagner cette démarche scénaristique et ce rythme si particulier, il fallait une direction artistique totalement folle. Le dessinateur réussit sa mission avec brio, la patte visuelle est vraiment superbe. Le résultat est lui aussi très spécial avec un choix fort : des illustrations uniquement en blanc sur fond noir. Pour un thème spatial, le choix du noir pour représenter l'espace est une évidence.

Certaines fictions tentent des choix plus osés mais ici on est dans une uchronie où la fiction se mélange avec une part de réalité. Le challenge avec la partie dessin est de parvenir à faire ressentir le vide, le silence et la difficulté de la moindre manœuvre humaine ou technologique. Le choix du blanc affiche aussi une fidélité des vaisseaux de l'époque en plus de mettre en valeur la lune et certains effets de lumière. Là encore le choix de se contenter de ces deux couleurs peut logiquement diviser les lecteurs. Il faut souligner le travail de documentation réalisé pour mettre en scène les différents engins de l'espace : les fusées, les vaisseaux mais aussi les tenues des astronautes. En observant la représentation de ceux-ci, on pourra constater une volonté d'être le plus fidèle possible de la réalité.

La mise en scène est évidemment brillante mais peut-être un peu trop prudente, compte tenu du décor proposé, on pouvait espérer encore plus de variété, d'originalité et surtout qu'elle se montre moins scolaire dans son découpage. On peut avoir parfois le sentiment de faire face à une même case mais dans une échelle différente. Le découpage affiche de la rigueur mais manque donc un poil de folie, de liberté. Ceci dit, cela ne gâche en rien le superbe trait du dessinateur qui convient parfaitement à cette bande dessinée. On trouve même quelques scènes marquantes où l'absence de mots ne pose aucun problème bien au contraire.

Sur l'ensemble de la bande dessinée, le dessin est régulier et parvient à renforcer considérablement l'immersion du lecteur dans cette conquête spatiale. C'est froid, sombre et vide offrant ainsi une multitude d'émotions au fur et à mesure de l'histoire. Si le décor est logiquement soigné, les différents personnages qui interviennent au cours de cette aventure ne manquent pas non plus de soin au niveau des expressions. Si l'histoire était déjà séduisante, le dessin est brillant. On précise au passage la qualité du papier et la qualité de l'impression. Cette édition ne fait aucune faute de goût pour profiter au mieux de ce superbe travail des deux artistes.

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Conclusion : Kosmos est indéniablement l'une des belles surprises de cette fin d'année. Un coup de coeur pour notre part. Une bande dessinée qui aborde un sujet intéressant avec un travail graphique magnifique et cohérent avec cette ambiance spatiale. Une uchronie à la fois passionnante et surprenante qui nous fait réfléchir et lève des questions sur une date clé de la conquête spatiale tout en offrant de l'humour et une histoire agréable à suivre. Le style visuel peut surprendre et éventuellement déplaire à une partie des lecteurs mais c'était certainement le meilleur des choix pour mettre en scène l'histoire. Une très belle surprise dans sa catégorie, s'il en existe une.

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