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[Test] Disco Elysium : The Final Cut (Switch)

4 Mars 2022 , Rédigé par jeuxvideo-world Publié dans #Tests Switch

L'un des meilleurs RPG de ces dernières années signe un retour dans l'actualité. En effet, Disco Elysium : The Final Cut s'annonce dans une version sur Nintendo Switch à partir du 15 mars 2022. Développé par le studio estonien ZA/UM, cette sortie en version physique est l'occasion de faire un point sur cette version ultime "The Final Cut" en plus de découvrir le jeu sur la console hybride de Nintendo. Après un passage remarqué sur PC en 2019 puis sur les consoles de Sony et Microsoft en 2021, on espère que cette version portable propose une aussi bonne expérience de jeu. Une aventure toujours aussi passionnante sur Nintendo Switch ?

Avant de commencer, on précise déjà que si l'on va se concentrer sur les qualités et défauts du portage Nintendo Switch, on va aussi en profiter pour rappeler le concept du jeu. Ceci dit, on va s'abstenir d'évoquer dans les détails cette aventure qui mérite une découverte personnelle afin de profiter de la surprise de son univers et ses mécanismes. L'idée de ce retour est surtout de donner les grandes lignes de l'expérience proposée avec les aspects marquants du jeu. On attaque avec la partie visuelle du jeu, toujours aussi étonnante. Un monde ouvert avec une vue isométrique rappelant certains RPG ou point and click. Artistiquement, l'orientation est délicieuse, même si cela peut déplaire à l'image de cette vue isométrique pas du goût de tous les joueurs.

Qu'importe, il ne faut pas s'arrêter à ces détails et prendre du recul sur l'univers proposé par les développeurs. Une ambiance sombre avec des couleurs froides et un gris souvent dominant. L'aventure nous plonge dans une cité étrange nommée Revachol avec comme point de départ un hôtel aussi mystérieux que le reste du jeu. Comme c'est parfois le cas avec des licences issues du monde du point and click, on a l'impression de découvrir de superbes toiles avec un aspect peinture qui renforce les traits du décor mais aussi ceux des différents personnages du jeu. Il suffit d'observer attentivement les rues, les bâtiments, le bord de mer mais également les visages des personnages pour apprécier un univers unique et captivant. 

Il ne faut pas l'oublier, c'est un jeu dont la lecture occupe une place très importante au point d'être le coeur du jeu. Du coup une question se pose sur cette version Nintendo Switch, est-ce que le confort de lecture est au rendez-vous ? La réponse est oui malgré la taille de l'écran (oui on parle bien jeu en mode portable). L'ergonomie est plutôt bonne et la taille du texte est par défaut au maximum. Le jeu laisse la possibilité de régler la taille selon votre envie dans les options. En tout cas par défaut, le jeu est lisible et ne demande pas de trop forcer sur les yeux, il n'y a pas de problème particulier. Par comparaison à la moyenne des jeux, celui-ci n'est pas le meilleur dans ce registre mais son portage n'empêche pas de profiter correctement des nombreux textes du jeu.

Techniquement le jeu s'en sort assez bien dans cette version Nintendo Switch en sachant que son style n'est pas celui qui est censé pousser la console dans ses retranchements. Néanmoins on note tout de même quelques soucis dans la finition. Si le rendu est donc tout à fait correct et permet de profiter dans un bon confort le travail artistique réalisé, on constate de temps en temps de légers ralentissements. Le jeu dispose d'un framerate de 30 fps suffisant mais dès que des effets visuels s'invitent à l'écran par exemple, une petite chute du framerate se fait sentir. Autre point un peu plus pénible, ce sont les temps de chargements. Ils sont à la fois assez nombreux et surtout très longs, plusieurs dizaines de secondes pour entrer ou sortir d'un bâtiment. En sachant que les déplacements sont nombreux, cet aspect peut se montrer agaçant sur le long terme.

Enfin d'une manière générale quelques bugs sont de la partie allant jusqu'au crash du jeu, mais cela reste très rare. L'une des nouveautés majeures de cette "The Final Cut" sur le plan visuel, c'est bien entendu l'arrivée d'une traduction française et c'est vraiment une excellente nouvelle pour un jeu dont la lecture est le coeur du concept. On souligne d'ailleurs qu'on est loin d'une traduction négligée, bien au contraire celle-ci se montre vraiment soignée pour l'occasion. Le jeu s'ouvre enfin à un plus large public. C'est franchement délicat de parler du gameplay du jeu tellement son concept est frais, étonnant et passionnant. On reste prudent sur les éléments révélés afin d'aborder le jeu sans trop avoir d'idées précises sur la richesse de cette aventure.

On va ainsi rappeler dans un premier temps les grandes lignes de ce jeu de rôle qui sort clairement de l'ordinaire. Le joueur incarne un homme, un détective qui se réveille dans un état compliqué après une soirée bien arrosée. Très vite, on va comprendre que la drogue et l'alcool sont les ingrédients de son état au point de ne plus connaître son passé. Le seul fil conducteur, par rapport à son boulot, c'est une enquête dans la ville de Revachol suite à un meurtre. Le joueur va prendre le contrôle d'un homme qui donne l'impression de se découvrir, en permanence dans ses pensées et des réflexions. On l'a dit, on fait face à un jeu de rôle très spécial se rapprochant d'un style classique pour le genre. La partie textuelle occupe une place énorme au sein de l'histoire avec une approche point and click évidente et qui confirme son côté traditionnel.

Il ne faut pas s'attendre à de l'action et des combats, ce n'est pas du tout l'esprit souhaité de la série. Néanmoins des situations peuvent amener à des dérapages de ce type mais cela reste une mise en scène à travers de nombreux choix et réflexions. On est donc dans un jeu de rôle qui nous plonge dans une enquête avec un personnage que l'on va pouvoir définir à notre envie. La notion de choix (avec une mécanique de pourcentage), de compétences ou encore d'équipements est de la partie. On pourra également faire connaissance avec un système de dés rappelant une nouvelle fois certains jeux de rôle. On lève le suspens pour ceux qui ne connaissent pas le jeu, la narration est incroyable et offre au joueur un pouvoir étonnant celui de définir les traits de ce détective. 

On ne cesse de définir la personnalité de notre personnage en lui donnant une ou plusieurs images auprès de ses différentes rencontres. Le joueur est dans un sens l'auteur du personnage, même si le jeu implique des directions et limites, la profondeur est surprenante pour une expérience de jeu passionnante. Il faut le jeu comme une sorte d'expérience littéraire où le joueur possède la main pour valider ou non plusieurs chemins. Au cours de son enquête il va devoir discuter, observer et donc rassembler des indices. Chaque rencontre dégage un effet particulier grâce au soin accordé aux différents protagonistes de l'histoire. On est donc toujours prudent et attentif sur la moindre rencontre avant d'opter ou non pour une orientation précise d'un échange qui doit aboutir à un certain sens de productivité.

Certains joueront la carte intellectuelle, la patience, l'analyse tandis que d'autres vont très vite montrer de l'assurance, une forme d'agressivité et donc prête à en découdre physiquement avec les risques que cela implique. Le taux de réussite est un indicateur intéressant, une forme de rappel sur ses capacités à valider ou non un potentiel chemin au sein d'un échange. Evidemment avec une telle mécanique, une part de chance intervient tout au long du jeu. Il y a donc par exemple une réflexion qui revient régulièrement : dois-je prendre le risque ? On va constamment se poser la question et évaluer le risque d'un tel choix, d'un tel comportement. Si ce n'est pas le simple calcul des problèmes que l'on va rencontrer, il est clair que l'évaluation du risque occupe une certaine place au cours de l'histoire.

L'expérience est riche et complexe, c'est indéniable. Au départ, on observe et on lit sans trop réfléchir alors que très rapidement il faut prendre ce réflexe à réfléchir au développement des caractéristiques désirées pour la suite de l'aventure. Arbre de talent, point de compétence, trait de caractère, le jeu implique vraiment le joueur de différentes manières et différentes interfaces. On ne va pas rentrer dans les détails des choix qui vous attendent et du potentiel de la personnalité que l'on peut développer mais les sujets abordés sont nombreux et variés. Au niveau des interactions, on l'a dit le jeu est limité. Il n' y a pas de combat et l'exploration n'est pas très passionnante en dehors de la lecture. C'est extrêmement simpliste, on gère les déplacements de notre personnage, on réalise de nombreux allers-retours dans les rues, les bâtiments (dont l'hôtel), on observe et on ramasse divers éléments.

Ces derniers sont des objets que l'on pourra vendre par la suite mais aussi des pièces ou encore des vêtements par exemple. En tout cas il ne faut pas espérer des sensations particulières, bien au contraire, l'exploration n'est pas toujours pratique et les déplacements se montrent souvent lourds. C'est le stick gauche qui gère cette commande en sachant que l'on peut accélérer le pas simplement en maintenant le déplacement dans une direction. Globalement le confort n'est pas renversant mais le jeu possède au moins une prise en main relativement simple avec une touche action pour valider les interactions dans le décor. Les gâchettes sont utilisées pour faciliter la consultation des menus (inventaire, compétence, journal). D'une manière générale si l'on pourra faire face à de nombreuses imprécisions, le gameplay s'en sort plutôt bien sur Nintendo Switch.

Si la manette est recommandée, on souligne aussi la possibilité de faire usage de l'écran tactile pour valider des dialogues ou interagir avec l'environnement. Avant de citer les nouveautés de cette version ultime, on va quand même rappeler quelques aspects du contenu. On peut déjà dire que la durée de vie est bonne, très bonne même selon votre investissement et votre façon de jouer. S'il n'est clairement pas évident de définir précisément la durée de vie de l'histoire, on peut quand même évoquer la fourchette de 30-40 heures sans commettre d'erreurs. Attention ce score est un minimum et vous pouvez facilement doubler ce chiffre si vous désirez découvrir l'histoire à travers d'autres choix et comportements. La rejouabilité se montre donc plutôt bonne si vous avez accroché au concept du jeu avec cette curiosité de refaire l'histoire sous un autre angle.

Dès que vous lancez le jeu, la première tâche est de définir les bases du personnage. On a le choix entre trois archétypes : Physique, Philosophe et Sensible. Chaque archétype possède ses propres caractéristiques, mais si ce choix de départ n'est pas à votre goût, il est tout à fait possible de créer son archétype en gérant la répartition des points de talents. Le jeu totalise 24 compétences classées en 4 catégories. Cela permet de bien définir les traits du personnage, plutôt intellectuel, vigoureux, charismatique... Une liberté de création intéressante pour obtenir la personnalité désirée. Concernant l'ajout de cette version ultime, on note l'apparition de nouvelles quêtes, de nouvelles zones mais aussi de nouvelles rencontres.

La bande-son s'offre aussi son lot de nouveautés. Cette lecture silencieuse ou presque avec de belles compositions musicales fait l'objet d'un changement de taille, les doublages débarquent pour l'intégralité des dialogues. Il s'agit d'un doublage anglais avec les sous-titres en français. On note aussi l'ajout de nouvelles musiques offrant plus de variété en matière d'ambiance sonore. Mais l'attraction principale reste clairement l'arrivée de ce doublage anglais dont la qualité est vraiment bonne pour l'ensemble des protagonistes. Cela donne un sacré coup de punch à l'aventure au point de presque lui donner un autre visage. La version initiale offrait une expérience beaucoup plus calme et froide, le rythme appartenait au joueur en fonction de sa lecture.

Désormais on obtient une aventure plus vivante et donc encore plus immersive. Cependant cette nouveauté n'est pas imposée, les développeurs offrent le choix au joueur de son approche sonore pour les doublages en proposant trois modes. Un premier mode propose de conserver l'expérience de jeu silencieuse comme c'était le cas dans le jeu de base. Un second mode propose une petite présence sonore où le doublage se limite aux voix intérieures. Enfin le troisième mode propose lui un doublage intégral avec les voix intérieures mais aussi les voix des différents personnages du jeu. L'approche des développeurs est vraiment excellente et permet de profiter du jeu selon son envie.

Enfin on termine par le scénario du jeu. Evidemment face à l'importance de l'écriture, on ne va pas rentrer dans les détails. On l'a dit, le joueur incarne un détective qui se réveille dans un sale état dans une chambre d'hôtel. Un lieu où l'on va découvrir un crime, l'enquête se lance. Notre personnage va rapidement faire connaissance avec de nombreuses personnes mais surtout avec cette cité mystérieuse, Revachol, qui dégage une ambiance particulière. Un travail loin d'être solitaire, un collègue va rapidement venir vous prêter main forte pour cette enquête.

Une histoire surprenante, captivante qui joue sur de nombreux thèmes forts dont on devra assumer nos positions. L'implication du joueur est donc vraiment importante et influence le déroulement de l'histoire et le potentiel de votre personnage dans les nombreux dialogues qui vous attendent. L'écriture est donc riche et soignée, l'univers est captivant et le joueur est vraiment un acteur fort de cette histoire, il ne s'agit pas simplement de gérer des déplacements ou de cliquer dans le décor.

Disco Elysium : The Final Cut est une superbe expérience de jeu. Néanmoins ce n'est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Son style est particulier mais d'une richesse folle. Un jeu de rôle qui propose une certaine fraîcheur avec une formule étonnante où la lecture occupe une place importante. Cette version Nintendo Switch est convaincante malgré des contrôles qui manquent un peu de précision et une dimension technique moyenne. Ceci dit, le plaisir de jeu est toujours là à condition bien sûr d'accrocher à son concept.

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Graphismes : 16/20
Gameplay : 15/20
Durée de vie : 17/20
Bande-son : 17/20
Scénario : 17/20

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Note globale : 17/20

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