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[Critique] Everything

18 Mai 2022 , Rédigé par jeuxvideo-world Publié dans #Coin Lecture (News et Critique)

Sur le marché du comics en France, plusieurs éditeurs disposent d'un catalogue qui attirent l'oeil. Mais il faut bien avouer que ces derniers mois, il y a une maison d’édition qui fait parler d'elle : 404 Comics. Celle-ci est très récente, fondée en 2021, et connaît un vrai succès auprès des lecteurs. Un éditeur qui respire la passion autant dans le choix des récits que dans la qualité de l'édition. Son catalogue ne cesse de séduire, avec au départ le titre Big Girls puis Jonna, Automnal ou encore We live. Des récits complètements différents autant dans le scénario que dans le dessin.

En 2022, l'ouvrage We live a attaqué très fort l'année puis, le 7 avril 2022, une nouvelle pépite pointe le bout de son nez dans les rayons : Everything. Un nouvel ovni en approche qui confirme la grande forme de l'éditeur. Ce dernier parvient à coller l'étiquette indispensable à chaque ouvrage de son catalogue... dont Everything. Il s'agit d'un récit complet (EAN : 9791032404270) dans un joli format de 170 x 260 mm avec un total de 264 pages et un prix de 24,90€.

On commence par faire un point sur le contenu proposé et la qualité de l'édition. En matière de qualité de fabrication l'éditeur 404 Comics se présente comme l'un des meilleurs sur le marché français, si ce n'est le meilleur. Si cela ne suffit pas à rendre chaque récit incontournable, cela participe grandement au confort de lecture tout en sachant que l'éditeur réalise la prouesse de proposer un prix très correct compte tenu du nombre de pages et de cette qualité d'édition évidente. Dès le premier coup d'oeil et dès le premier contact avec l'ouvrage, on est agréablement surpris. Une bonne partie des lecteurs, des fans de bandes dessinées ou encore des collectionneurs attachent de l'importance à la qualité de l'ouvrage et ce qu'il dégage (par exemple le dos, une fois l'ouvrage rangé).

On va donc plus loin que le terme ouvrage ou comics en l'évoquant comme un bel objet. Avec l'éditeur 404 Comics, on peut actuellement confirmer que la qualité est au rendez-vous au niveau de l'impression et du papier, la finition est vraiment exemplaire. Mais on le répète, si cela contribue à la qualité générale de l'ouvrage, encore faut-il que le reste du livre se montre à la hauteur de l'édition. Concernant le contenu de ce tome unique, on est là aussi totalement sous le charme. On tient là quelques pages d'introduction qui donnent totalement le ton et l'originalité du récit. En effet avant de s'attaquer au vif du sujet on tombe sur une première page offrant quelques cases, sans bulles, et un aperçu du dessin.

On enchaîne avec un rappel des artistes mais aussi des personnes qui ont participé à ce projet. Un premier petit texte précise le contenu et l'historique de la publication originale. Une courte présentation qui s'enchaîne sur une autre offrant de multiples références sur cette édition sur la nature du papier et le poids, c'est précis avec une transparence qui fait autant plaisir que sourire. On tourne la page, on découvre d'un côté une nouvelle série de cases sans bulles et de l'autre une présentation de Christopher Cantwell sur cette histoire. Enfin, avant de se lancer dans l'histoire, on peut lire une note au sujet du mot Everything. Par rapport au contenu de l'histoire, l'ouvrage regroupe l'intégralité du récit dont la publication originale est en deux volumes avec, à chaque fois, 5 issues.

Pour cette publication française, on parle donc de deux parties avec un total de 10 chapitres. A la fin du tome, on découvre avec joie quelques bonus sympathiques. On trouve une galerie de 7 pages (sur fond noir) du dessinateur I.N.J. Culbard. On pourra également profiter d'un postface "Everything Blues" de 5 pages (toujours sur fond noir) écrit par Aurélien Lémant. Petite précision amusante, on peut lire la mention "Premier tirage heureux" dans l'ultime page de l'ouvrage à hauteur du code ISBN. On n'a pas évoqué jusqu'ici la couverture mais elle est évidemment vraiment chouette et renseigne de belle manière sur le style du dessin, il n'y a pas de décalage comme c'est parfois le cas avec certaines couvertures.

La quatrième de couverture est également convaincante avec un mélange amusant d'informations à la fois sur le récit, les auteurs mais aussi les premières impressions de grands noms de cette industrie (Jeff Lemire, Gerard Way, Christian Ward). Au rayon de l'anecdote, une autre mention amusante apparaît cette fois-ci à hauteur du code-barres et du prix : Merci pour tout ! On va maintenant aborder le scénario ou plutôt le sentiment et le plaisir de cette lecture. En effet, on va rester le plus prudent possible en précisant quelques éléments de manière à conserver l'effet de surprise du récit. On l'a dit au scénario, c'est Christopher Cantwell qui s'y colle. Ce n'est pas sa première histoire dans l'univers du comics, on peut citer quelques belles prestations de sa part chez Marvel avec la série Doctor Doom (2019) ou plus récemment la série Iron Man (2020).

Pour commencer à parler de ce récit, autant reprendre la communication autour de l'ouvrage et donc son synopsis : Une nouvelle forme de roman graphique à la croisée de Twin Peaks et Leftovers. Depuis le Michigan des années quatre-vingt, voici l’histoire de Everything. Everything est ce nouveau centre commercial flambant neuf dont les rayons regorgent de tout ce dont vous pouvez rêver. Mais, il pourrait en retour vous enlever ce dont vous avez besoin... des choses aussi insignifiantes que votre santé mentale… Ou votre vie. Des adolescents capricieux aux femmes au foyer esseulées jusqu’aux responsables municipaux ambitieux, la majorité des habitants de Holland sont enchantés par l'ouverture de Everything dirigé par son étrangement parfaite directrice, Shirley.

L’excitation de l’ouverture se transforme rapidement en frénésie, et lorsque la consommation se transforme en obsession, que des incendies infernaux aléatoires se produisent, que des explosions violentes et des troubles psychiques impromptus commencent à envahir la population, des habitants comme Lori, jeune femme dépressive et Rick le vendeur de Hi-Fi commencent à soupçonner que Everything pourrait en être la cause. Quel pouvoir infâme s'est emparé de Holland, du Michigan et de ses habitants ? Qui ou quoi est-il exactement en charge de ce centre commercial... et quels plans insidieux se cachent dans ses rayonnages ? Everything, une histoire étrange et fantastique sur la quête du "vrai" bonheur.

A la lecture d'un tel résumé, il est facile de comprendre que l'on s'apprête à découvrir une aventure fantastique avec des thématiques intéressantes pour un univers original, c'est indéniable. Evidemment, à tous les lecteurs dont les comics se résument à des univers de super-héros, cet ingrédient est absent. Mais Everything permet justement de rappeler que l'univers du comics n'est pas synonyme que de super-héros, de menaces toujours plus démesurées ou encore de multivers. Everything est une oeuvre à la fois simple et compliqué, à la fois riche en textes mais avec un bon rythme, de la science-fiction captivante sans forcément être évidente.

Malgré une maîtrise totale du scénariste pour aider le lecteur dans sa compréhension dans un bon équilibre, Everything est le genre d'oeuvre qui peut impliquer pour certains plusieurs lectures avec toujours le même plaisir. Il faut parfois un regard différent en se focalisant sur des éléments différents au sein d'une même page, preuve de son immense richesse. Le titre offre un mélange de plusieurs genres, là encore avec brio. Ce nouveau centre commercial est forcément intrigant, un paradis de façade qui comporte évidemment de nombreux mystères. Mais ce lieu n'est pas le seul coeur de l'histoire, on fait également connaissance de plusieurs personnages qui possèdent forcément un lien avec l'arrivée de ce fameux centre commercial.

Lorsqu'on plonge dans ce récit, on le dévore encore et encore avec un réel plaisir sans trouver une fin rapide ou bâclée, encore une preuve d'un récit, ou d'une critique évidente du capitalisme, totalement maîtrisée. Si l'histoire est prenante, il faut un minimum sensible par l'univers proposé et le thème abordé. On le répète mais pour en profiter pleinement, compte tenu de sa richesse, il faut prendre du recul, s'investir et se montrer patient avec au moins une potentielle relecture. Ce n'est pas forcément un défaut mais cette sensation à la découverte de l'ouvrage, et au fur et à mesure des chapitres, peut frustrer certains lecteurs en quête d'une histoire plus accessible. En tout cas pour nous, le style fonctionne à merveille avec un univers fantastique pour une lecture plaisante et captivante.

Le dessin, l'encrage et les couleurs sont l'oeuvre de l'artiste I.N.J. Culbard. On le connaît en France pour Brink chez Akileos mais aussi des adaptations en BD, toujours chez Akileos, de l'univers Lovecraft (Les Montagnes Hallucinées, Dans l'abîme du temps). Il réalise sur Everything un superbe travail, d'ailleurs la réussite de l'oeuvre est essentiellement dû à cette parfaite cohésion entre le scénariste et le dessinateur. La mise en page est excellente et parfaitement dans le ton. Son style est propre et surtout parfaitement lisible, un trait que l'on reconnaît chez lui et qui fonctionne parfaitement pour ce récit. Mais sa plus grande force réside surtout dans sa maîtrise de la couleur. Il parvient déjà à mettre en scène d'une manière crédible le style pulp de cette époque avec des couleurs très vives pour ne pas dire flashy. Cette fidèle restitution est un gain réel dans l'immersion du lecteur.

L'autre élément marquant dans le dessin, c'est ce changement de rythme d'une totale maîtrise. On l'a dit, on passe à travers diverses ambiances et émotions au cours de l'histoire, le dessinateur s'accorde à chaque fois pour faire ressentir ce changement à travers un choix précis des couleurs. On passe ainsi de couleurs chaudes où la joie et la zénitude sont au rendez-vous à des couleurs beaucoup plus froides pour retranscrire une ambiance glauque dont le but est de mettre mal à l'aise. Il est donc vraiment question de différentes températures au niveau des couleurs selon l'ambiance souhaitée. La patte graphique proposée est donc totalement convaincante et colle parfaitement avec l'histoire.

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Conclusion : Everything est une très bonne histoire dont sa plus grande force est la parfaite cohésion entre le travail du scénariste et celui du dessinateur. Un duo qui fonctionne à merveille avec, une nouvelle fois, une superbe édition de la part de 404 Comics. Une lecture recommandée pour l'une des belles surprises de cette première partie de l'année.

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