[Critique] Goldfish
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Delcourt poursuit la publication des romans graphiques de Brian Michael Bendis. Après Torso et Jinx, on peut désormais découvrir un nouveau récit en ce mois de mai : Goldfish. Une édition très particulière dans le style et le format, pour mettre en valeur les récits de l’auteur dont la première parution en France remonte à plus de 20 ans chez Semic (Goldfish est sorti en 2003).
Dans l’attente de découvrir d’autres récits de l’auteur, on pense notamment à Fire, on peut se plonger depuis le 13 mai 2026 dans la sombre histoire de Goldfish. Un ouvrage (EAN : 9782413088424) qui respecte donc l’approche éditorial de Torso et Jinx avec le même format (18 x 26cm environ), un total de 280 pages, et un prix de 27,95€ pour la version papier (19,99€ pour la version numérique). Un troisième ouvrage toujours aussi captivant, dans le même ton et la même approche visuelle ?
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On retrouve dès le premier contact visuel, l’identité de cette édition en l’honneur des travaux de Brian Michael Bendis. Une édition spéciale strictement fidèle entre les trois récits : Torso, Jinx, Goldfish. Autant dire que d’un point de vue de collection, c’est vraiment chouette d’autant que la qualité d’édition est au rendez-vous et que les choix réalisés sont plutôt bons sur le plan visuel avec notamment un code couleur spécifique : blanc, noir et rouge. Un choix évident rappelant autant le code couleur du logo de l’éditeur que l’orientation artistique de cette collection puisque ces récits sont intégralement en noir et blanc.
La seule touche de rouge que l’on pourra retrouver à l’intérieur de l’ouvrage se situe au niveau d’un petit ajout dans la fabrication puisqu’un signet est présent, et donc de couleur rouge. Pour le reste, on est en terrain totalement connu avec une très bonne qualité d’’édition, un format souple et une bonne qualité d’impression. A l’intérieur, on trouve donc 280 pages, avec un récit qui démarre dès les premières pages, sans introduction ou bonus spécifique. Pour la partie bonus, il faudra attendre la fin pour découvrir quelques pages dont le contenu est assez simple et maigre. Cette partie bonus s’étend sur 8 pages et ne propose pas spécialement un gros contenu, uniquement des illustrations (présentation personnage, affiche promotionnelle) et une courte présentation dans la conception du récit de l’auteur en particulier le point de départ avant de revoir sa copie.
Un bel ouvrage de l’extérieur, une bonne édition mais peut-être un peu léger en bonus, l’éditeur n’avait sûrement pas mieux à offrir pour ce récit. On le précise quand même, mais comme pour les deux précédents romans graphiques, cette nouvelle histoire est écrite par l’excellent Brian Michael Bendis qu’on ne présente plus à la fois pour ses histoires dans l’univers indépendant mais aussi pour ses travaux chez Marvel Comics et DC Comics. Malgré son talent pour le traitement des super-héros, beaucoup de lecteurs et de fans ne manquent pas de rappeler les qualités et l’aisance de l’auteur dans le domaine du polar, cela tombe bien, c’est justement le sujet qui nous intéresse avec Goldfish.
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On rappelle d’ailleurs le synopsis proposé : Après des années d'absence, l'escroc David Gold - surnommé " Goldfish " - revient dans sa ville natale. Mais il est revenu pour une seule et unique raison : son fils. Cet énigmatique arnaqueur retrouve ses anciens repaires et découvre que son ex règne désormais sur les bas-fonds de la ville, tandis que son plus vieil ami (et ancien complice) est devenu inspecteur de police. Face à un destin aussi implacable, comment Goldfish pourra-t-il reconquérir le seul être qui compte encore pour lui ? Le résumé permet donc d’avoir une idée assez claire du style et du ton de l’histoire.
On se trouve vraiment face à un mélange délicieux entre un bon polar et un thriller cherchant à mettre en scène le retour d’un gangster avec toutes les conséquences d’une longue absence. Ce n’est donc pas un simple règlement de compte suite à une histoire d’amour, ni même une simple affaire de famille avec son fils, c’est un univers complexe avec de nombreuses dérives et une nouvelle lecture du personnage principal. Il replonge dans cet univers sans pitié et vise à reconquérir son fils, dans un empire dirigé par son ex et qui ne semble pas sous le charme de ce retour.
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L’histoire peut paraître vraiment classique dans un univers de gangster et de mafia, mais pas besoin d’avoir un récit compliqué ou trop original pour prendre du plaisir à suivre le personnage principal et à plonger avec lui dans son environnement. On souligne d’ailleurs que ce personnage fait une apparition dans Jinx, le récit publié précédemment par Delcourt. On retrouve donc tous les codes du genre et surtout la patte de l’auteur avec à la fois un vrai sens de la mise en scène, du découpage mais surtout des dialogues.
On est toujours face à une très grosse générosité dans l’écriture avec énormément de bulles, un choix qui divise encore aujourd’hui les lecteurs en fonction des attentes. On précise que cela n’affecte pas pour autant le rythme dans la lecture, du moins pas de trop au vu de la quantité, la lecture reste fluide. S’il y a bien une pointe d’humour dans certains échanges, l’histoire s’offre surtout un décor très sombre avec une chouette ambiance.
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Jusqu’au dénouement de ce récit, le scénario ne manque pas de s’inspirer de nombreuses histoires du même genre tout en s’appropriant un style personnel grâce notamment à l’écriture de l’auteur. C’est vraiment sa forme si spéciale qui permet de donner un effet particulier au récit de Goldfish malgré les sujets classiques abordés (drogue, corruption, jeux, prostitution…). Un vrai plaisir de lecture grâce également au traitement accordé aux personnages secondaires.
L’auteur ne se contente pas de développer le personnage principal, il cherche à donner de la valeur aux nombreux personnages que l’on pourra croiser au cours du récit. Un effort qui permet d’accentuer un peu plus l’immersion du lecteur et certaines séquences marquantes. Même si c’est plus bavard que la moyenne des récits du genre, ce récit se montre accessible et possède toutes les qualités pour séduire un large public, pas seulement les fans du genre. Le vrai problème sur son accessibilité se situe surtout du côté du dessin une fois de plus.
En effet, on ne change pas la configuration du projet et comme pour Torso et Jinx, c’est une nouvelle fois Brian Michael Bendis qui se charge des dessins. Il faut être honnête une fois de plus, malgré ses bonnes intentions, ses bonnes idées et quelques fulgurances, Bendis est surtout un très bon scénariste. Ce n’est pas le premier à chercher à produire une oeuvre en jouant sur les deux tableaux mais il lui manque un vrai coup de crayon pour espérer séduire les lecteurs pour son travail visuel.
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On est toujours sur une oeuvre uniquement en noir et blanc, ce qui n’est pas surprenant et permet au contraire d’affirmer un peu plus son style dans sa catégorie, ce n’est pas le premier du genre à faire un tel choix artistique (l’exemple de Sin City est évidemment facile). Le choix du noir et blanc n’est donc pas mauvais bien au contraire, le problème est plutôt du côté de la finesse de son trait et de l’organisation des planches.
La lisibilité n’est pas toujours exemplaire avec certaines planches parfois trop sombres, des décors qui manquent de profondeurs et de variétés. On peut également éprouver une difficulté à reconnaître facilement l’identité de certains personnages, une preuve supplémentaire d’un dessin qui manque de tranchant et de maîtrise. On note par contre un peu moins de folie, et c’est tant mieux, dans la composition de certaines planches. On se souvient par exemple du récit Torso qui abusait de certains éléments, comme des photos ou des morceaux de dessins sans trop comprendre le choix d’une telle disposition.
Le style a le mérite d’offrir une vraie immersion et une certaine personnalité. Une prouesse pas toujours flatteuse car s’il possède tout de même quelques qualités dans les dessins, Goldfish subit comme pour les deux autres récits, un travail visuel qui peine à vraiment convaincre et qui risque de refroidir plus d’un lecteur. Ce n’est pas mauvais mais contrairement à l’écriture, le dessin est nettement moins accessible. Parfois élégant, souvent confus.
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Conclusion : Goldfish est un roman graphique sympathique où l’on retrouve vraiment les qualités et les défauts de son auteur, Brian Michael Bendis. Un scénario simple mais un univers captivant et une réelle maîtrise de l’écriture pour offrir un bon rythme. Malheureusement et malgré quelques bonnes idées, le scénariste est moins à l’aise dès qu’il s’agit de produire des dessins. Le décor est secondaire et les personnages manquent parfois de lisibilité sur les visages.
Dommage car le style visuel colle parfaitement avec le ton de l’histoire et renforce l’ambiance, mais il ne suffit pas de simplement opter pour du noir et blanc pour faire un bon polar. Néanmoins et malgré un dessin qui ne va pas plaire à tous les lecteurs, c’est un récit qui mérite le coup d’oeil si l’on apprécie le style de l’auteur et surtout si l’on a passé un bon moment en lisant Torso et Jinx.
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